lundi 16 août 2010

De l'art d'être une princesse

Pour mes 31 ans sur terre, X-Man m'a offert le plus beau cadeau qu'il soit (bon, je dis ça chaque année, c'est ainsi!): il m'a offert la liberté, la paix, l'insouciance et le lâcher-prise temporaire.

X-Man m'a donné le kit-parfait-de-la-princesse. Au topo: une fin de semaine en Estrie TOUTE SEULE, sans X-Boy, sans X-Man et sans rendez-vous, surtout. Pour le dodo, il m'avait réservé une chambre hautement design dans un hôtel tout neuf et tout high-class. Pour le reste, j'avais un budget alloué qui m'a permis de traîner avec moi Princesse Rouk dans les dédales de mon imagination en solo.

Ainsi, je suis arrivée chez Princesse Rouk en fin d'avant-midi, après une balade en voiture agrémentée de ma voix de casserole et de ma musique préférée. Je chantais telle une diva sous la douche, telle une mère qui chante AUTRE CHOSE que des ritournelles avec les mots: minou, chou, oiseau et tu dors, dis? Je suis donc débarquée avec une voix presque éraillée, mais des joues rouges de bonheur et de cette sensastion de me retrouver enfin. Dans ma SOLITUDE en tant que personne, c'est-à-dire sans être une "famille" pour cette fois.

Princesse Rouk m'a ouvert la porte sur son petit monde de fée et comme cadeau, elle m'avait concocté un panier de princesse: un délicat panier en osier entouré de dentelles de lin, de fleurs séchées et contenant des tisanes aux herbes magiques et des savons maison qui sentent si bon que j'ai failli les manger. (X-Boy n'a pas le droit de s'en approcher. Indigestion possible!) La journée partait donc sous le signe de la féminité retrouvée. Parce qu'il est vrai que se retrouvent loin de moi les effluves de fleurs depuis deux ans. Le parfum "régurgit-gruau-aux-pommes" et "caca-fusion" étant les odeurs de prédilection sur ma planète.

En moins de 20 minutes, nous nous sommes retrouvées à bord de mon carrosse tout de gaz "full" et nous nous sommes arrêtées dans un petit resto libano-grec (allez saisir le mélange!) qui faisait partie de mon quotidien lorsque je vivais dans ce coin de pays. Les patates-chips étaient encore aussi droguantes et les falafels total-bourratifs. Nous avons donc roulé jusqu'au carrosse et direction exposition d'art dans les cantons.

L'exposition prenait place dans une grange (sans blague) et ladite grange étant dépourvue de panneaux touristiques pour l'annoncer, se situe dans une courbe et au bas d'une petite pente sur une route à 90 km/h. Insouciante, j'ai freiné à la dernière seconde et j'ai pris la tite place qui restait tout près de la porte.

Nous sommes rentrées là et j'ai eu un sentiment de peur étrange de ne pas être au bon endroit. De m'être fait jouer le tour de la touriste qui s'amène ici à cause de publicités alléchantes. La fille qui nous a accueilli a confirmer la chose. Elle était d'une légèreté de la neurone assez fascinante et elle nous a collé tout le long de la visite. J'ai failli lui dire de se trouver des amis quand ce fut la troisième fois qu'elle nous demandait (à 2 cm du visage), si on trouvait quelque chose à notre goût. Et en plus, la réponse était non. Non, Madame-pot-de-colle-artisane-poche-qui-peint-des-Pères-Noël-sur-des-bouts-d'épave-et-des-toiles-de-chakras-éso, il n'y a RIEN à notre goût. RIEN, comme dans r-i-e-n.

Je n'avais jamais vu des toiles aussi laides, aussi "syndrome-de-l'imposteur". Peintes par des matantes qui ont fait des cours pour "parfaire" leurs techniques, comme il était mention sur les tits-papiers les présentant. (Quels cours????) Il y avait là le bal des horreurs quétaines. Des toiles de madames aux prénoms tels que Gisell (avec 2 "l", j'ai failli perdre connaissance!), Monique, Fernande et Gastonne. Des toiles avec dessus des "Merlin et son dragon", des photos connues "reproduites avec tant de talent", des fle-fleurs de jardins, des montagnes et même des poèmes dédiés à "ma soeur tant aimée". Y'avait aussi une Matante qui avait peint une rose qui était recouverte d'un épais tissu plissé. Et aussi une toile tellement facile à comprendre que bien qu'elle se soit appelée "Les amoureux enlacés" (ou une imbécilité du genre), j'y ai vu un pénis. Mot que je me suis plue à crier devant une Princesse Rouk qui souffrait de crampes abdominales tellement la rigolade était présente.

J'ai tellement ri lors de cette exposition que j'en ai eu mal aux côtes et que je me suis sentie obligée de parler moins fort, car je crois avoir dérangé les "zartissses" qui peignaient sur place. Sincèrement, j'ai visité plusieurs galeries et musées d'art et je n'avais jamais assisté à autant de mauvais goût et de "wannabeisme". Il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas parce que l'on peint (ou qu'on prend des cours! hahaha) que l'on DOIT exposer. N'est pas original qui le veut. Et des nounours souriants sur des sacs en tissu-jean, ce N'EST PAS gagnant. Et des "srcubs" à vaisselle en phentex non plus. Et des roches peintes en coccinelle, c'est cute mais c'est inutile. Et on en fait en maternelle avec les gamins quand il pleut. On ne VEND pas ça. Et demander 550$ pour une toile avec un magicien qui ensorcèle un dragon (et qui prétend être Merlin sur le tit-papier!), c'est de l'arnaque. C'est se croire artiste parce que "ben oui, mais ça m'a pris du temps et le temps, ça se paye" et parce que c'est "mon hobby et je suis à la retraite et je veux gâter mon mari, qui, lui, bizoune le bois et fait des faces de clown et des golfeurs à clouer sur les murs (oui, oui, les oeuvres là-bas qui se vendent 300$ la pièce, ça ne se vend pas, vous savez, alors je dois faire mon bout pour qu'on se paye un yacht de l'année, tsé)"...

M'emporte-je-je? Yes Madame.

Ainsi, je suis ressortie de là avec en main un tit-pot de miel en plastique et en forme d'ourson. Ma mère n'avait jamais voulu m'en acheter un(c'était quétaine, qu'elle disait!) et c'était sans taxe, donc moins cher qu'à l'épicerie. Il me fallait un souvenir de cette visite mémorable. Et non, une roche en coccinelle à 20$, ça n'aurait pas suffi... Et on en retrouve sûrement au Village des Valeurs dans la section "artisanat à moins de 1 $".

Mais j'ai gardé un souvenir encore plus mémorable de cette visite et qui se retrouve bien dessiné sur le pare-chocs de mon carrosse à quatre roues. Oui, car m'étant stationnée à la vitesse de la lumière, je n'avais pas saisi l'inclinaison de la pente et la non-possibilité de sortir de cette cours à reculons avec une auto manuelle. Petit détail, quoi.

Quand j'ai dit à Princesse Rouk:

- Euh, je ne suis pas capable de sortir la voiture...

C'était vrai.

Par orgueil, j'ai pesé sur la pédale du gaz en priant pour que ça remonte en ne faisant pas trop de dégâts, mais oups... l'auto a préféré foncer dans la grange. Hum.

Les matantes sont sorties affolées et Matante-Pot-de-colle m'a lancé un:

- Fallait pas se stationner là, vous savez. Personne ne se stationne là d'habitude.

(BEN POURQUOI VOUS METTEZ PAS UNE PANCARTE???)

- Ouais... mais est-ce qu'il y a quelq'un qui peut me sortir de là?

- Oui, moi.

Et elle s'est installée à mon volant. Décidément, elle devrait se lancer en prof de conduite au lieu de peindre des horreurs ésotériques. Car elle a sorti mon bolide avec vigueur et je l'ai remerciée du fond du coeur. Après tout, ce n'est pas de sa faute si elle peint des arcs-en-ciel. C'est la faute de ses profs de peinture... hahahha

Nous sommes donc reparties de là avec des fous rires en réserve et des envies d'aller nous frotter les roues contre des granges, mais nous nous sommes retenues. Nous sommes plutôt allées faire un tour à Magog parmi les touristes et les boutiques d'artisanat "intéressant cette fois" et nous avons soupé comme des reines dans un petit resto qui me stimule les papilles à chaque visite.

Princesse Rouk et moi avons discuté de 1001 sujet et nous aurions pu faire les 1001 nuits de contes "modernes", mais nos corps royaux réclamaient le sommeil.

Nous sommes donc retournées à la ville chacune dans nos maisons.

La mienne s'étant transformée l'espace d'une nuit, en véritable château de calme.

(La suite plus tard, je suis une mère occupée. Peuh.)

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